7 avril

Coronavirus : Et chez les agriculteurs.trices, comment ça se passe ?


Ces derniers jours, nous avons fait le tour des agriculteurs.trices du réseau Terre-en-vue pour prendre leur température. Ils et elles nous partagent des récits de sollicitations sans pareil. D’alternatives de distribution mises en place au pied levé. De marques de soutien qui font chaud au coeur. D’une demande grandissante pour leurs produits. De quelques coups de gueule, mais aussi d’un réel risque d’épuisement - alors que la saison ne fait que commencer !

Vous retrouverez des retours propres à chaque ferme et quelques images sur les pages dédiées aux projets - n’hésitez pas à y poursuivre votre navigation.

Nous reprenons ici quelques points importants.

La situation paysanne - la distanciation sociale bien connue
Pour de nombreux agriculteurs, le travail au quotidien dans les champs, les étables et derrière le bureau est synonyme de distanciation sociale. L’isolement n’est pas un mode de vie nouveau, à appréhender en quelques jours, imposé par les autorités. Mais plutôt un choix de vie, pris en conscience, même s’il n’est pas toujours évident à vivre. Pas de grande révolution, donc, dans la routine quotidienne des agriculteurs.trices, qui apprécient évidemment toujours autant le contact avec leurs client.e.s.

Pour nombre d’entre eux.elles, cette période les conforte dans l’idée d’avoir choisi le bon métier : utile, rythmé par la nature, “hors du temps”, en accord avec leurs valeurs et porteur d’une certaine autonomie alimentaire.

Et pour celles et ceux qui se sont associé.e.s pour mener à bien leur projet, la bonne humeur règne sur le terrain et la valeur du collectif prend tout son sens !

Faire face à une demande croissante
L’ampleur de la nouvelle demande pour les produits locaux, fermiers, de circuit court est encore difficile à chiffrer - mais beaucoup d’acteurs de terrain le ressentent : les nouveaux clients affluent, la demande augmente (entre 30% et 100% en plus). Les producteurs les plus impactés par la crise du coronavirus sont ceux qui vendent habituellement sur les marchés (ceux-ci sont annulés) ou aux restaurants (fermés). Ils ont dû réorganiser entièrement leur circuit d’écoulement, et ce dans l’urgence.

Les magasins à la ferme restent ouverts, mais prennent des précautions et proposent parfois un système de commande (ce qui représente une surcharge de travail en amont, mais aussi une réduction du risque de contamination et moins de file sur place). Beaucoup de producteurs.trices se retrouvent ainsi “au front” : la crainte d’être à son tour contaminé.e est bien réelle. Et la surcharge de travail est très lourde à porter.

A contrario, certain.e.s sont confronté.e.s à de réelles difficultés d’écoulement et voient leur chiffre d’affaire (actuel ou futur) fortement impacté. Certains compromis doivent être faits sur leur circuit de distribution (passer par un intermédiaire, ce qui entraîne un impact sur la marge bénéficiaire), par exemple. L’impact sur leur revenu annuel ne sera pas négligeable.

La charge de travail augmente !
Et pas uniquement à cause de la logistique complexe d’approvisionnement et de vente, et parfois de garde d’enfants improvisée. Les coups de main bénévoles ou la présence d’ouvriers et de stagiaires sont pour beaucoup diminués voire absents. Comment assurer avec une équipe réduite toutes les tâches du printemps, prémisses indispensables à de bonnes récoltes cet été et automne ? La question de la main d’oeuvre formée et disponible en Belgique se pose alors que les travailleurs saisonniers étrangers ne seront sans doute pas au rendez-vous.

Nous avons reçu quelques sollicitations de personnes désireuses de rejoindre une ferme en tant qu’ouvrier saisonnier : sachez que le gouvernement fédéral a pris certaines mesures afin de faciliter le travail saisonnier, notamment en doublant le quota de jours de travail permis sous le régime “carte cueillette”. Un guide réalisé par notre partenaire, la FUGEA, répondra à toutes vos questions !

Pour les coups de main ponctuels, les Brigades d’Actions Paysannes proposent aux agriculteurs.trices de diffuser un appel aux citoyen.nes disponibles en renfort pour l’un ou l’autre chantier. L’organisation de tels chantiers n’est pas évidente en période de confinement, mais il n’y a pas que maintenant que les agriculteurs.trices ont besoin de nous et les chantiers reprendront prochainement - restez attentif.ve !

Saisir les opportunités !
De manière générale, nous sommes heureux d’entendre les agriculteurs parler de façon positive du futur, malgré cet énième début de saison difficile.

  • Cette crise est une invitation à se recentrer sur l’essentiel, chez tou.te.s.
  • Plus que jamais, nous devons prendre conscience de la fragilité de notre (éco)système et agir pour protéger les biens communs les plus précieux : la santé, la nature, la terre, l’eau.
  • Les mesures à prendre aujourd’hui poussent certains à améliorer leur système de production, à se ré-approprier certains savoirs-faire, à diversifier leurs débouchés mais aussi leurs activités (et donc sources de revenu). La résilience s’accroît !

Et pour après ?

Une interpellation est présente chez beaucoup : “Quelle part de ces nouveaux clients continuera à s’approvisionner en direct chez les producteurs une fois la crise finie ? Va-t-on vers un changement de comportement durable ?”

Pour l’instant, chacun.e reste très prudent.e. Des crises, le secteur agricole en traverse régulièrement, et rares sont les changements durables qui s’opèrent. Peut-être ce moment-ci sera-t-il plus charnière que d’autres ? Il est encore trop tôt pour le dire mais une chose est certaine : nous devrons continuer à nous mobiliser pour éviter un simple “retour à la normale” et faire de ce regain d’intérêt pour l’agriculture locale, un soutien collectif à long terme.

Nombreuses seront les campagnes dans les prochaines semaines et mois pour “relancer” ci, “redynamiser” cela,... Le monde agricole belge sera bien évidemment concerné puisque de nombreuses grandes filières sont déjà fortement impactées (pomme de terre et lait, notamment).

Notre regard critique sera - plus que jamais - indispensable.

Mais une chose est certaine : grâce à vous et à tous ses partenaires, Terre-en-vue continuera à préserver les terres qui se trouvent à la base de notre système alimentaire local et à soutenir ainsi les agriculteurs qui ont choisi un modèle exemplaire et inspirant, bien plus résistant aux crises à répétition. C’est pourquoi nous avons envie de dire : “BRAVO, MERCI et surtout, RESTONS FERMES !“

PS : Notre équipe s’est aussi adaptée au mieux à la situation. Pour savoir comment nous fonctionnons actuellement, suivez ce lien !

Crédit photo : Ferme Lamberty, RadisKale, Smala Farming, Ferme du Coin2



Dans le portfolio