En 30 ans, la Belgique a perdu 63 % de ses fermes, principalement les fermes de petite taille (moins de 50 hectares). Sur la même période, la superficie moyenne par ferme a plus que doublé, entraînant un phénomène de concentration des terres au profit de grandes exploitations, aux pratiques agricoles souvent intensives et peu respectueuses de l’environnement.
Si la location de terres agricoles est bien encadrée par le décret sur le bail à ferme de 2019, l’achat des terres agricoles ne l’est pas : n’importe qui peut acheter une terre agricole et à n’importe quel prix. Conséquences ? Plus de 30 % des surfaces sont acquises aujourd’hui par des privés ou des sociétés non liées au secteur agricole. Les terres agricoles sont sous une pression immobilière de plus en plus forte et sont trop souvent converties en zones (péri)urbaines. De plus, de nombreux projets menacent profondément leur fonction nourricière : la production de biomasse (cultures destinées exclusivement à la production d’énergie), l’agrivoltaïsme, l’élevage de chevaux de loisirs ou encore les cultures ornementales (sapins de Noël, fleurs à couper…).
Aujourd’hui cependant, un nouvel intérêt pour l’agriculture se profile. Le modèle agro-industriel dominant a montré ses limites et de plus en plus de jeunes souhaitent reprendre ou démarrer des fermes, sur base de modèles agricoles « durables » : agriculture biologique et paysanne, agroécologie, biodynamie, permaculture.
Ces différentes formes d’agriculture durable ont toutes la spécificité de respecter l’intégrité des êtres vivants et des terres nourricières :
Le nombre de fermes ayant opté pour ces modèles d’agriculture reste encore relativement marginal, avec 15,5% des superficies agricoles wallonnes cultivées en agriculture biologique en 2024. Les obstacles sont en effet nombreux : accès aux savoirs et savoir-faire, accès aux capitaux, accès aux marchés et bien sûr accès à la terre – frein majeur au développement de cette agriculture durable.
Comment, dans un tel contexte, faire émerger des projets agro-écologiques, redynamiser le milieu rural et péri-urbain, assurer la relève agricole et faire que l’agriculture durable devienne une réalité ? C’est le défi que s’est fixé Terre-en-vue !
Le système juridique actuel, basé sur la propriété privée, induit un rapport de domination à la terre et aux agriculteur·rices qui en prennent soin. Terre-en-vue invite les citoyen·nes et les agriculteur·rices à remettre en cause ce système, en créant des espaces de débats et en expérimentant de nouveaux rapports à la terre : il s’agit de se réapproprier les « communs » et de créer ensemble de nouveaux systèmes de gouvernance.
La gestion en bien commun consiste à s’organiser collectivement pour gérer ensemble une ressource – ici la terre agricole – au service de la collectivité, avec la volonté de préserver ces terres pour les futures générations. Concrètement, nous invitons citoyen·nes et agriculteur·rices à déterminer ensemble les règles d’usage (clauses environnementales, contrats, règles de contrôle…). Le collectif citoyen délègue ensuite aux agriculteur·rices la responsabilité de cultiver ce bien commun avec soin, et d’y produire une alimentation durable et saine. Ainsi, la gestion de la ressource n’est pas laissée au marché économique, ni à l’État.
Découvrez comment, en tant que citoyen·ne, vous pouvez prendre part au mouvement.